Nature en ville : misons sur l’intelligence collective !


Parmi les quatre zones de parcs reprises officiellement au plan de secteur sur LLN, l’UCLouvain a récemment cédé à la ville d’O-LLN la gestion de deux d’entre eux, situés dans le quartier des Bruyères : le parc Moulinsart, en hauteur de la Ferme équestre, et le parc localisé le long de la rue Marcel Thiry et de l’école des Bruyères. Espérant faire d’une pierre deux coups, diminuer les frais d’entretien et de gestion de ces espaces et opter pour « la nature en ville », la commune a conclu une convention avec la Ferme Equestre. Ce centre d’hippothérapie pour enfants et adultes en difficulté ou en situation de handicap est également une ferme d’animation qui accueille régulièrement des enfants pour leur donner accès aux animaux et produits de la ferme (https://www.ferme-equestre.be). La convention autorise la présence d’animaux de la ferme sur certaines parties de ces zones, en contrepartie de leur entretien. Cette décision a suscité une vive contestation d’habitants.

L’AH, qui a pour mission de faire entendre les voix des habitants et aussi de susciter une citoyenneté responsable, fait le point sur l’évolution du débat et les conclusions à en tirer.


Temps 1 : La décision initiale de la Ville

 
  • Elle prévoit, côté Marcel Thiry, d’entretenir les espaces par la mise en pâture de moutons et de chèvres qui se trouveront à l’intérieur de clôtures amovibles, déplacées régulièrement en fonction du niveau de l’herbe.
  • Côté Moulinsart, elle prévoit de diviser ces grandes étendues en plusieurs prairies à clôtures fixes qui seront principalement à destination des chevaux de la ferme, avec une occupation en alternance pour éviter le surpâturage. En réponse à la demande des riverains de permettre aux enfants d’utiliser ces zones de pâtures quand les animaux n’y sont pas, le projet a intégré la mise en place de tourniquets. En dehors des enclos, les zones inexploitables par la ferme seront tondues ou simplement fauchées.
 
Les auteurs du projet ont pensé que les impacts de ces pâturages dans le quartier seraient positifs tant pour le caractère social de l’usage du parc que pour les effets bénéfiques sur la biodiversité des lieux. Ils ont donc été présentés comme tel (cfr article de presse https://www.dhnet.be/regions/brabant/des-espaces-verts-geres-de-maniere-differente-a-louvain-la-neuve-5ccb4dde9978e25347ccb7d7) .
 

Temps 2 : Des riverains mécontents se cabrent

La décision a été présentée aux riverains alors que la convention était déjà conclue avec la Ferme Equestre. Elle a suscité une vive réaction de plusieurs personnes qui ne voyaient pas d’un bon œil la conversion de cet espace ouvert, accessible à tous, en une pâture clôturée et donc privatisée pour les chevaux de la Ferme Equestre. Ils ont fait part de leur opposition au projet, revendiquant qu’il soit revu. Partagée par de plus en plus de monde, cette réaction a suscité un vif débat et divisé le quartier entre les contestataires mécontents et d’autres qui déploraient cette contestation, ne voyant pas d’inconvénients à la décision. Comme les chevaux, tout le monde s’est cabré !
 

Temps 3 : Les acteurs se rencontrent et se parlent

Plusieurs rencontres ont eu lieu sur place avec les représentants de la Ville, dont l’Echevin de l’Environnement et les responsables de la Ferme Equestre. Les habitants présents ont pu exprimer leurs besoins et leur demande d’une concertation inclusive et préalable, à travers, entre autres, une pétition demandant d’enrichir le projet par la concertation avec les habitants. Ils ont demandé de suspendre le projet afin de prendre le temps de mieux y réfléchir, pour qu’il tienne compte aussi bien des attentes des habitants que de la nature, des animaux et des finances communales.
 
Mais la décision était prise ! Devant le fait accompli, des riverains ont bondi ! La convention étant signée, il semblait impossible aux responsables d’y renoncer. Ce qui active un autre sujet brûlant : comment évoluer d’une démocratie de mandat à une démocratie participative ?
 
Comme en témoigne la  Déclaration de politique communale, les questions soulevées par les habitants sont au cœur des préoccupations du Collège : 
« Au centre de toutes nos préoccupations se retrouvera systématiquement une triple attention :
  • la qualité de vie de tous les habitants de notre ville, celles et ceux d’aujourd’hui, mais aussi celles et ceux de demain,
  • la transition écologique, qui constitue un enjeu mondial dont l’ampleur est bien perçue par une part de plus en plus large de la population…
  • la participation citoyenne, indispensable pour déterminer une image précise des attentes des habitants en termes de qualité de vie et pour les associer aux décisions stratégiques qui influenceront durablement »
 
Nous avons tous à apprendre et à construire à ces sujets. L’AH compte participer activement à cette réflexion. Cette expérience comme celle du Schéma d’Orientation Local (SOL) sert déjà à progresser sur ce sujet.
 
C’est en ce sens que des responsables de l’AH ont invité les habitants à proposer des solutions et incité les différents acteurs à se parler. C’était effectivement l’intention des habitants les plus impliqués déjà occupés à se documenter et à réfléchir à des alternatives.

Temps 4 : De l’opposition à l’analyse critique constructive

 Quelques rétroactes concernant le parc Moulinsart permettent de mieux cerner la situation :
  • Historiquement, le terrain appartenait à l’Université qui, lors de la construction du quartier, l’a aménagé en « zone de parc ». Les urbanistes qui ont conçu Louvain-la-Neuve ont privilégié les espaces verts ouverts, dans l’optique de créer plus de convivialité entre les habitants. Il en résulte que les jardins privés des maisons jouxtant le parc ont une surface limitée et que les nombreux immeubles présents n’ont pas de jardin.
 
  • Une partie du site a été confiée par la suite à la Ferme Equestre, qui était en manque de terrains suite au développement du quartier. Il s’agit de la partie la plus plane du parc, auparavant utilisée comme terrain de foot par les jeunes du quartier et devenue une zone de pâture pour les chevaux.
 
  • Depuis la création du parc Moulinsart, des enfants y jouent au ballon en été et y pratiquent la luge en hiver. Pendant que se rencontrent les promeneurs et les joggeurs, que passent les cyclistes, d’autres se baladent avec leur chien, se reposent sur un banc, se posent dans le gazon, pour lire, étudier, discuter, ou prendre le soleil. Des joueurs du Disc-golf s’y retrouvent en suivant le circuit de découverte de LLN. Bref, nombreux sont les usagers qui profitent des bienfaits de ce parc. L’aspect paysager et esthétique du site contribue à la sérénité de l’environnement et du quartier.
 

À la faveur des débats et de nouveaux éclairages, des questions de fond surgissent sur la pertinence du projet :
  • Aujourd’hui, le projet reste, dans les faits, en priorité le projet de la ferme, où les habitants sont les bienvenus, mais avec les contraintes du projet de la Ferme. « Est-ce que cela ne devrait pas être l’inverse, un projet vert pour les habitants, où les animaux seraient les bienvenus ? » s’interrogent les habitants, pour qui les différents usages du parc seront désormais majoritairement encloisonnés dans des prairies clôturées.  Peut-on réellement combiner pâtures de chevaux, espace de jeux pour les enfants et de détente pour les adultes ?
 
Plusieurs propositions citoyennes ont été partagées avec la ferme :
  • Des idées de « retour à la terre et de liens sociaux » : création d’un potager bio collectif côté Thiry, le long du bois (fermé par des plantations pour garder un aspect esthétique) ou création d’un petit vignoble bio citoyen côté Moulinsart, dans la zone pentue à l’extérieur des pâtures (avec des poches de convivialité) ;
 
  • La demande de récupérer en partie la zone plate centrale qui serait libre de clôtures et tondue afin d’en faire une réelle zone de rencontres et de jeux, reliée à chaque coin du parc via les chemins actuels, entourés également de zones tondues pour les promeneurs. Le parc deviendrait ainsi une zone de convivialité où convergeraient tous les habitants, qu’ils soient amoureux des animaux et des plantes, ou tout simplement à la recherche de calme, de rencontres, de sport ou de jeux.
 

Nature en ville : misons sur l’intelligence collective !
D’initiative, le Pr Marc Dufrêne, (biologiste expert du patrimoine biologique extraordinaire de nos régions et spécialiste des services écosystémiques qui a notamment assuré la mise en œuvre du réseau Natura 2000) a communiqué une analyse qui soulève de nouvelles questions sur la faisabilité du projet :
 
  • « Les zones qui sont occupées par les chevaux sont soumises à une pression beaucoup trop importante pour qu'elles aient un quelconque intérêt biologique et il suffit de voir les champs de boue (et les coulées boueuses dans le tunnel qui résultent de l'érosion) pour s'en convaincre. Il n'y a en fait pas pire animal qu'un cheval pour assurer la gestion de pelouses. En milieu naturel, il n'est utilisé qu'à très faible charge (1 unité gros bétail/ha voir 2 UGB/ha) et généralement dans les conditions où on souhaite qu'il perturbe la végétation et le sol avec ses sabots ou qu'il broute au plus ras la végétation. La densité ici est telle que leur présence enrichit le milieu avec les bouses et les urines de manière très importante avec en plus un transfert de ce qu'ils mangent à la ferme vers les prairies lorsqu'ils y sont stationnés. Cette eutrophisation conduit d'ailleurs à la disparition de l'intérêt biologique des espèces présentes avec la dominance d'espèces typiques de milieux beaucoup trop riches (rumex, orties, pissenlits,...). Vu la nature et la fragilité du sol dans les zones qui sont en cours d'exclusion, les chevaux vont avoir un impact majeur notamment dans les zones humides et sur les pentes fortes qui ne vont pas résister à leur pression, surtout par temps pluvieux. On va clairement devant des problèmes majeurs. »
 
  • « Il s’agit de préserver l’usage collectif du parc avec des zones sans animaux et dans les zones pâturées, un pâturage avec des moutons qui serait beaucoup plus adapté et beaucoup moins agressif. Une clôture externe permanente peut être du coup beaucoup plus légère et discrète, tout en étant complétée par des clôtures mobiles à l'intérieur. »               
 

Temps 5 : De la concertation au compromis

Les responsables de la Ville reconnaissent que les éclairages du Pr Dufrêne et les propositions des habitants vont dans le sens d’une amélioration du projet. Ils se déclarent ouverts à le faire évoluer, mais le Collège demande d’accepter de tester le projet actuel. Ils s’engagent à l’évaluer avec les habitants dans un an. De son côté, la Ferme Equestre, qui se doit d’honorer la convention conclue, souhaite aussi rencontrer au mieux les préoccupations des habitants.
 
Ouverts au dialogue, les responsables de la Ferme envisagent d’ajuster les modalités d’application. Ils semblent se rallier à l’idée d’un talus fleur. Ils  recherchent des solutions qui respectent l’état du terrain. Les enclos seraient libre d’animaux par intermittence, afin qu’il y ait en permanence des espaces non occupés par les animaux.  Ils pensent à une présence plus occasionnelle et en nombre limité des chevaux, par temps sec ou lorsque l’herbe est trop haute, et pour des courtes durées. Ils veilleraient à une bonne information du public sur le calendrier de présence des animaux (chevaux ou moutons) organisé selon les périodes de l’année et les besoins d’entretien des pâtures. Ils se proposent de planter des arbres en guise de goals naturels pour que les enfants puissent jouer en l’absence des chevaux.
Enfin, ils sont disposés à baisser le niveau des clôtures pour les enclos destinés aux moutons et à les éloigner du chemin.
 
Pour les personnes les plus impliquées, cela reste un projet « Ferme-Ville » qui donne priorité aux animaux et qui restreint les usages des habitants. Ils regrettent que la décision ait été prise à l’origine sans concertation préalable. Ils espèrent que l’année sera mise à profit pour que le projet évolue en un réel projet « Ferme-Ville-Habitants ».
 

Morale de l’histoire : mieux vaut prévenir que guérir, selon l’adage

Photo de Martine Renders
Photo de Martine Renders
Dans ce projet, au fond, tout le monde détient un fragment d’une solution, que ce soit la Ville, la ferme ou les habitants, au niveau nature, social et financier. On le voit : le débat et la confrontation ont enrichi le projet. Ils soulèvent plusieurs questions qui méritent réflexion : c’est quoi la « nature en ville » en général, et en particulier pour les parcs de LLN ? Quelle vie voulons-nous dans et pour nos parcs et espaces verts ?
 
  • À quoi et à qui sont-ils destinés ? Quels rôles, objectifs et bienfaits en attendons-nous ? Comment développer davantage une vie de qualité ouverte à tous dans les parcs ? Comment re-faire de nos parcs des lieux de vie enfants admis ?
  • Quelles sont les contraintes à prévoir ? Comment limiter les coûts d’entretien et de gestion tout en préservant la nature et la qualité de la vie des habitants ? Est-il nécessaire de privatiser la gestion des parcs de LLN, et de quelle manière ?
  • Comment les habitants peuvent-ils être impliqués dans les projets futurs ?
 
Cela pourrait être un bel exercice de citoyenneté participative et de co-construction « verte ». Comme le suggère l’essayiste David Van Reybrouck, l’enjeu est de « démontrer aux élus qu’ils peuvent faire confiance aux citoyens » et qu’ils gagneraient à consulter les habitants. Encore faut-il savoir qui, quand, comment et pourquoi. Là aussi, nous avons matière à co-construire.



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