Les femmes feront-elles la transition ?


Mi-mars, une semaine sera consacrée à l’écoféminisme ! L’occasion de s’interroger le lien entre les femmes et l’écologie. Nous en avons notamment discuté avec Charlotte Luyckx, habitante à LLN, philosophe et permanente à la Maison du Développement Durable, qui a invité Vandana Shiva, à un dialogue sur le thème : « L’écoféminisme, un autre regard sur la transition », le 13 mars prochain (les inscriptions sont malheureusement déjà clôturées).


AH : À Louvain-la-Neuve comme ailleurs, nombreuses sont les femmes qui prennent au sérieux les enjeux climatiques et environnementaux. Chez elles, avec leur famille, dans leur quartier, leur groupe d’achat, via les activités de la Maison du Développement Durable, le repair café ou d’autres associations, elles adoptent de nouveaux comportements au quotidien. Elles renouent avec la couture, la culture bio, le recyclage, l’échange ou les vêtements de seconde-main… toutes des tâches dont les féministes ont voulu se libérer. Aujourd’hui, elles veulent renoncer aux produits industriels pollués et polluants, acheter en vrac ou chez les producteurs, redécouvrir l’efficacité de produits simples tels que le vinaigre, le bicarbonate ou le savon de Marseille.  L’écologie ramènerait-elle les femmes au foyer ? Est-ce cela, l’écoféminisme ?

Charlotte Luyckx : Je dirais plutôt que l’écoféminisme veut ramener les femmes ET LES HOMMES à la maison, c’est-à-dire accorder une reconnaissance accrue aux tâches dites « reproductives », qui ont été dévalorisées et invisibilisées au profit de tâches « productives », celles qui génèrent du capital. Le féminisme classique a transféré ces tâches, tout en continuant à les dévaloriser. On parle d’un double transfert des tâches domestiques :
  1. Un transfert à d’autres femmes, issues de classes sociales plus défavorisées et peu rémunérées (techniciennes de surfaces, gardiennes d’enfants, nounous,...)
  2.  À l’industrie (électroménagers qui libèrent les femmes, nourriture industrielle, surgelés, plats préparés).
On constate aujourd’hui que ce double transfert a un coût social et environnemental non négligeable. Le mouvement « zéro déchet », le DIY (do it yourself), etc. sont des façons de chercher des alternatives. Ces mouvements permettent la reconnaissance de la valeur politique et écologique des petits actes « anodins » du quotidien et contribuent à les faire sortir de l’ombre. Malheureusement, on constate que c’est principalement des femmes qui s’engagent dans ce genre de mouvement (mais pas que), ce qui vient se surajouter à une charge mentale déjà souvent trop élevée, et augmente encore les disparités en terme de répartition des tâches dans les couples. Work in progress…

Le terme écoféministe renvoie à de nombreuses tendances. Une même intuition les rassemblent : le parallélisme entre domination de l’humain sur la nature, des hommes – ou du masculin - sur les femmes - ou le féminin - et du Nord sur le Sud. Le capitalisme, en effet, se développe grâce à cette triple domination invisible, de la nature, du travail domestique des femmes, et des pays du Sud. C’est de l’explication de ces liens qu’est né le concept d’écoféminisme, dont l’objectif est de sortir de cette triple domination.

Concrètement, à l’origine, dans les années 1980, des femmes luttent contre le nucléaire après l’accident de Tree Mile Island. Elles vont essayer de sortir de la militance classique et utiliser des rituels : chant, danse,… Certaines cherchent à réconcilier le spirituel et l’éco-politique. Leur discours a pour spécificité de faire aussi la connexion entre le discours rationnel et les émotions. Starhawk, une écoféministe américaine très connue invoque un « empowerment » d’un type particulier : non pas un « pouvoir sur » (la nature, les plus faibles, le Sud,...) mais un « pouvoir du dedans », un renforcement des ressources intérieures qui libèrent la force d’action créative et courageuse dont nous avons besoin pour faire face aux multiples crises qui affectent le monde contemporain.  

AH : Et qu’en est-il du rôle des femmes dans la transition ?
 
Charlotte Luyckx : Cette année, à la MDD, nous avons constitué un comité de pilotage autour de la question « le féminin est-il au cœur du changement » ? Une idée séduisante, mais qui peut être aliénante. La question de la spécificité des femmes peut reconduire à de nouvelles formes d’essentialisation  (c’est-à-dire considérer que « par essence » les femmes ont des aptitudes, des traits caractéristiques propres aux femmes qui justifieraient leur assignation à certaines taches données, et souvent dénigrées). Au contraire, l’objectif est de « dégenrer » les tâches « reproductives » tout comme les tâches « productives », tout en encourageant de nouvelles formes d’émancipations féminines et masculines écocompatibles et respectueuses des limites planétaires. 







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