Interview de Pierre Lacroix au Musée du Capitalisme : se préparer à l'effondrement ?


Pierre Lacroix est paysagiste de formation. Il est aussi animateur nature et travaille au Centre d’écologie urbaine et qui essaye de développer la résilience de la ville de Bruxelles. L'AH l'a rencontré au Musée du Capitalisme, dans le cadre d'une conférence sur son mémoire : "Paysages Résilients, approche systémique du territoire". L'effondrement de notre système, c'est peut-être bien pour bientôt... comment imaginer l'après pour inspirer nos sociétés à prendre un nouveau cap ?


L'interview de Pierre Lacroix, c'est d'abord une vidéo tournée au coeur du Musée du Capitalisme.

Saviez-vous que si les bateaux ne pouvaient plus réapprovisionner la Grande-Bretagne, elle n'aurait que trois jours d'autosuffisance ? La plus grande partie de nos économies européennes repose en effet sur des approvisionnements lointains. C'est l'un des signes de manque de résilience de nos pays. Ce qui signifie que, en cas d'effondrement de notre système (via le pic pétrolier, le changement climatique...), nous serions bien en peine de nous nourrir... surtout que le changement climatique affecte lui aussi l'agriculture.

Dans son mémoire, Pierre Lacroix ne veut cependant pas parler de catastrophe, afin d'éviter le déni. Pour lui, ce qui importe, c'est de développer des imaginaires alternatifs assez séduisants que pour donner envie à nos sociétés de changer radicalement de direction. Un imaginaire un peu différent de celui des smart-city ou des technologies censées nous sauver des catastrophes à venir... Parce que ce n'est pas une surprise, le GIEC le répète : si le réchauffement climatique venait à dépasser le +1,5°C, les conséquences seraient sévères (vagues de chaleur et sécheresses, feux de forêts, espèces invasives, baisse de productivité agricole...), au point où le monde ne serait plus le même. Selon l'Agence internationale de l'énergie, le pic pétrolier (déclin de la production mondiale dû à l'épuisement de la ressource) devrait être atteint dans l'horizon très proche de 2025. L'effondrement ne semble donc plus un scénario si lointain. Alors, essayons peut-être d'imaginer un après plus positif, pour se préparer et peut-être changer de cap avant qu'il ne soit trop tard ?

Dans sa bande-dessinée, en libre accès ici, nous naviguons dans un monde post-effondrement, entre agro-écologie, transports doux, monnaies locales, temps libre libéré pour les activités sociales, démocratie au tirage au sort...

Vous voulez en savoir plus après la vidéo ? La seconde partie de l'interview

Illustration de Pierre Lacroix
Illustration de Pierre Lacroix
Pourquoi avoir utilisé la bande-dessinée pour ce mémoire ? 
 
Car c’est un formidable outil de communication qui permet de s’immerger dans ce monde imaginaire et de faire une visite guidée dans ce paysage transformé.

Ta définition de la résilience ?
 
La résilience, c’est la capacité pour un système, une population, une communauté, un pays, de se remettre d’un choc et à développer son adaptation pour maintenir ses fonctions vitales. Par exemple, si on veut développer la résilience de nos systèmes alimentaires, il s’agit de développer des circuits-courts qui sont sobres en intrants, low-techs, etc.

Quand serait prédi l’effondrement de notre système ?
 
Un effondrement, ce n’est pas un événement, c’est un processus qui est long et qui s’étale dans le temps, avec plusieurs effets de seuil qui basculent les uns après les autres. C’est hétérogène dans le temps et l’espace. Donc, on pourrait considérer que certaines régions du monde sont déjà en train de s’effondrer. On estime que cela arriverait en tout cas au cours du 21e siècle, certainement dans la première moitié.
 
On voit dans ta BD un changement de valeurs, une plus grande convivialité.
 
Oui, il y a une vie sociale qui renaît. C’est un peu le message de la sobriété heureuse : moins de biens, plus de liens. Il y a aussi des valeurs qui évoluent dans le sens où la notion de progrès est vue aujourd’hui comme uniquement technologique : des outils toujours plus complexes, plus énergivores. Ivan Ilitch aurait dit qu’ils ne sont pas conviviaux. Et il s’agit de revoir la notion de progrès au profit d’un progrès notamment social, low-tech, reprendre en main les différentes sortes de progrès.
 
Combien donnerais-tu Louvain-la-Neuve, sur une échelle sur dix, pour son niveau de résilience ?
 
C’est difficile à dire… Peut-être cinq sur dix, ce qui est sans doute bien mieux que la moyenne. On n’est pas sur une ville qui est encore trop grande et donc trop dépendante. On a beaucoup d’initiatives qui se développent, on a conscience du problème que représente la voiture personnelle en ville. Mais si les réseaux d’approvisionnement se coupent, Louvain-la-Neuve a une résilience qui est quand même faible…
Pour s’améliorer, cela passerait sans doute par une démocratie directe qui permettrait de mettre au cœur de la table des questions liées à une transition écologique. Et donc cela consisterait à installer des néo-agriculteurs en périphérie, développer des coopératives d’énergies locales, toute une série d’initiatives de proximité et d’autonomie.
 
Quel est le rôle des politiques dans tout ça ?
                                                                     
Le système actuel a tendance à récupérer toute forme d’initiative. Par exemple, on garde McDonald's, mais en repeignant le logo en vert, on récupère le bio pour en faire des supermarchés avec quasiment le même produit qui sera plus cher… On va se déresponsabiliser en terme de politique de tous les enjeux de notre temps en mettant l’accent sur les responsabilités individuelles. Or, ce qu’il faut, c’est un changement radical de société. Les citoyens peuvent être à la base de changement, mais il doit être accompagné par le pouvoir politique, qui doit pouvoir se libérer de l’importance des lobbies et des marchés.
On ne peut pas non plus isoler un problème d’un autre. Si on essaye de combattre le problème du pic pétrolier, on pourrait très bien planter du colza partout, mais, ce faisant, on utiliserait la totalité des terres arables et on n'aurait plus de quoi nourrir la population mondiale. De plus, on serait loin de résoudre les problèmes du changement climatique. Donc, il s’agit de répondre à toutes les problématiques en même temps, et cela passe aussi par le fait de ne laisser personne derrière.
 
Comment pourrait-on développer de la résilience aujourd’hui en Belgique ?
 
En Belgique, il s’agit de faire comme si on était dans un état de dépendance – non pas à l’alcool, mais au pétrole. Et donc, essayer de diminuer la consommation énergétique de notre système. Cela passe aussi par des politiques restrictives – réellement contraignantes – envers les sociétés, car les grandes entreprises sont les principaux acteurs de cette consommation et des émissions de gaz à effet de serre.
On pourrait déclarer un état d’urgence environnementale, qui mettrait au premier plan des questions comme le changement climatique, l’érosion de la biodiversité, qui passerait avant les intérêts économiques. On pourrait avoir une réforme de la PAC, une politique d’alimentation, d’import-export, complètement différente, et on pourrait appliquer ces méthodes à la pauvreté, à l’exclusion sociale. On pourrait faire de ces questions des réelles priorités. Aujourd’hui, on ne le fait pas.
 
Et au niveau individuel ?
 
Beaucoup d’actions sont importantes individuellement, comme prendre moins l’avion ou couper l’eau du robinet quand on se brosse les dents. Mais tout ça n’est rien comparé à des actions collectives plus systémiques pour changer les rapports de force avec un système oligarchique qui est issu notamment du pouvoir des lobbies et qui maintient un système productiviste et extractiviste en place. Pour changer la trajectoire de nos sociétés, il y a une série de leviers, comme l’action directe non-violente, le boycott, les tribunaux citoyens… qu’on connaît assez bien.
 
Des recommandations pour ceux qui veulent aller plus loin ?
 
Il y a un site internet assez bien fait : « Sorry Children  ». C’est un générateur d’excuses de pourquoi on a laissé le monde s’effondrer et qu’on pourra ressortir à nos enfants. C’est un premier abord assez sympathique, mais il y a derrière toute une série d’idées intéressantes à développer pour effectivement ne pas baisser les bras et agir.
J’invite également tout le monde à se renseigner sur l’écologie politique, à ne pas mettre de côté toute une série de combats comme la justice climatique, la justice sociale, puisque tous ces thèmes sont intrinsèquement liés. On ne peut pas rester tout seul à faire de l’écologie sans se soucier des inégalités sociales.


 
Alix Buron



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